Ice Memory, un programme international de sauvegarde d’archives glaciaires

Les glaciers de montagne renferment de nombreuses informations sur les variations passées du climat et de l’environnement. Lire les données scientifiques emprisonnées dans les carottes de glace permet ainsi aux scientifiques de mieux saisir l’évolution de notre planète. En créant un conservatoire de la glace, Ice Memory vise à conserver une trace de l’histoire de l’atmosphère pour les scientifiques de demain.


Le mot de la marraine

Utiliser l’Antarctique comme congélateur naturel pour conserver les carottes de glace est très intéressant car il permet d’éviter des dépenses énergétiques. C’est par ailleurs un projet très important pour les générations futures. Ice Memory perdurera pendant des siècles ; c’est un projet comparable à la Réserve mondiale de semences du Svalbard*.

Susanne Adolphi

Centre de recherche et de technologie d’Air Liquide à Francfort


La glace : état d’urgence

Le changement climatique risque d’anéantir ces archives précieuses : « les glaces contiennent en particulier de minuscules bulles d’air qui révèlent l’état de l’air au moment de la formation du glacier » explique Anne-Catherine Ohlmann, Directrice Générale Fondation Université Grenoble Alpes (UGA). Pour conserver ces traces, la Fondation UGA soutient le projet Ice Memory. Le projet regroupe le CNRS, l’Institut de Recherche pour le Développement, l’Université Grenoble Alpes, l’Institut polaire français Paul-Émile-Victor, l’Université de Venise, le Conseil National de la Recherche italien et le Programme de Recherche National en Antarctique italien. Cette équipe franco-italienne a testé la faisabilité technique du projet sur le glacier du col du Dôme dans le massif du Mont-Blanc en août 2016. Plusieurs carottes de glace de 130 m ont été forées jusqu’au socle rocheux, représentant 200 ans d’archives climatiques…

Illimani : 18 000 ans d’histoire climatique

La seconde mission, plus complexe, est déjà lancée sur l’Illimani, un glacier bolivien située dans la cordillère des Andes culminant à 6 400 m. « Impossible d’y accéder par hélicoptère : les 4 tonnes d’échantillons seront descendues à dos d’homme au camp de base », précise Anne-Catherine Ohlmann. Les glaciologues français, américains, russes, et brésiliens vont ainsi pouvoir étudier 18 000 ans d’histoire atmosphérique des Andes. La Fondation Air Liquide contribue à l’achat d’équipements (caisses frigorifiques, carottier, container de transport etc.) et des conteneurs pour le stockage en Antarctique. Un soutien indispensable pour une action de conservation qui n’entre pas dans les dispositifs de financement traditionnels de la recherche.

Un conservatoire glaciaire en Antarctique

Pour gagner une dimension internationale et définir les priorités, le projet a été placé sous le patronage de la commission nationale française pour l’UNESCO. Sur chaque glacier sélectionné, trois carottes sont forées et deux d’entre elles seront conservées dès 2021 dans une cave de 300 m2 creusée sous la neige à la base franco-italienne Concordia en Antarctique, à -54°C. « On ne sait pas encore faire dire à la glace tout ce qu’elle contient. A l’abri du réchauffement et de toute détérioration, de nouvelles technologies permettront demain aux chercheurs du monde entier de mener des recherches inédites ».


Pour en savoir plus

Le Projet Ice Memory


* Chambre forte souterraine sur l’île norvégienne du Spitzberg destinée à conserver dans un lieu sécurisé des graines de toutes les cultures vivrières de la planète et ainsi préserver la diversité génétique.


Témoignage

Le patronage UNESCO apporte au projet une crédibilité internationale, pour faire en sorte que cet héritage constitue un véritable patrimoine mondial, et ne soit pas la propriété d’un chercheur ou d’un laboratoire. Suite au colloque international de Mars 2017, sous le patronage de l’UNESCO, la communauté internationale des glaciologues est engagée dans ICE MEMORY : des scientifiques américains, russes, japonais, chinois, suisses, brésiliens, suédois…préparent leurs propres missions.

Jérôme Chappellaz
Co-fondateur du projet Ice Memory